Dans un monde de plus en plus mondialisé, de nombreux acteurs étrangers cherchent à collaborer avec des entreprises chinoises afin de développer leurs parts de marché, exploiter les ressources locales ou bénéficier de vastes réseaux de production et de services. Toutefois, la conclusion et l’exécution d’un contrat transfrontalier en Chine ne se limitent pas à apposer une simple signature ou un cachet. Cela exige une compréhension approfondie du contexte légal chinois, des formalités requises et des risques éventuels. Le présent guide vise à aider les clients étrangers à cerner les aspects essentiels de la validité contractuelle lors de la signature d’accords avec des sociétés chinoises. Nous aborderons le cadre juridique pertinent, les points de vigilance et les difficultés courantes. En cas de doute, il est fortement conseillé de solliciter un accompagnement juridique professionnel.
Table of Contents
ToggleI. Formes de conclusion d’un contrat et cadre légal fondamental
1. Principales lois et réglementations
La base juridique primordiale pour les contrats en Chine découle du Code civil de la République populaire de Chine (entré en vigueur le 1er janvier 2021), lequel a remplacé plusieurs textes antérieurs, dont l’ancienne Loi sur les contrats. Le Code civil définit de manière systématique les règles relatives à la formation, la validité, l’exécution, la modification et la rupture des contrats, ainsi qu’à la responsabilité en cas d’inexécution. Lorsqu’un contrat est établi entre une société étrangère et une entreprise chinoise, il convient également de tenir compte des réglementations administratives, des conventions internationales et des interprétations judiciaires applicables au secteur concerné.
Une attention particulière doit être portée aux domaines réglementés, tels que :
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Les transferts de technologie ;
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Les licences de propriété intellectuelle ;
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L’immobilier ;
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Les services financiers ;
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Le commerce d’import-export.
Dans ces cas, il est crucial de s’assurer que chaque partie possède les qualifications, licences ou autorisations exigées par la loi chinoise. Par exemple, les entreprises à capitaux étrangers doivent respecter les règles relatives à l’investissement étranger en Chine, tandis que les transferts de technologie sont soumis à la réglementation spécifique sur l’importation et l’exportation de technologies.
2. Formes de contrat reconnues
Selon le droit chinois, un contrat peut être conclu de différentes manières, notamment par écrit (documents papier, contrats électroniques), oralement ou via des actes qui prouvent l’existence d’un accord (par exemple l’exécution effective de prestations). Cependant, pour une transaction transfrontalière, il est vivement recommandé d’opter pour une forme écrite, afin de clarifier les obligations de chacun et de disposer d’une preuve solide en cas de litige.
Bien que les contrats électroniques soient légalement reconnus en Chine, les pratiques traditionnelles et l’exigence d’une exécution forcée à l’international incitent fréquemment les sociétés étrangères à demander un document papier portant la signature des représentants autorisés et le sceau officiel de l’entreprise chinoise. Cette approche facilite la vérification et l’acceptation du contrat devant un tribunal ou un organisme arbitral.
II. Conditions de validité d’un contrat
1. Capacité juridique et capacité d’exercice
Les parties à un contrat doivent jouir de la capacité juridique et de la capacité d’exercice requises. Concrètement, il s’agit d’entités légalement constituées (sociétés) ou de personnes physiques ayant la faculté légale de contracter. Les clients étrangers sont tenus de vérifier leur propre capacité à signer des contrats, tout en s’assurant que la société chinoise :
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Est dûment enregistrée et active auprès des autorités compétentes ;
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Détient les autorisations et la capacité d’exercer dans le domaine concerné.
2. Consentement réel
D’après la législation chinoise, la volonté contractuelle des parties doit être libre et sincère. Un contrat conclu sous la menace, la tromperie ou l’exploitation d’une situation de faiblesse peut être déclaré invalide ou annulable. Par ailleurs, des erreurs substantielles ou un déséquilibre manifeste peuvent également vicier la validité de l’accord. Il est donc impératif que les parties s’assurent de l’absence d’influences indues ou de malentendus majeurs lors de la signature.
3. Respect des dispositions légales d’ordre public et de l’intérêt général
Une clause contractuelle violant des dispositions d’ordre public ou portant atteinte à l’intérêt général peut être réputée nulle. Dans un contexte transfrontalier, il est donc essentiel de vérifier la conformité du contrat aux règles de contrôle des exportations, aux réglementations en matière de change, aux mesures de sécurité nationale et à d’autres dispositions impératives. Ainsi, pour certaines technologies, une licence d’exportation est requise ; sans elle, l’exécution du contrat peut être compromise.
4. Respect des exigences spécifiques à certains domaines
Certaines catégories de contrats obéissent à des règles de forme particulières. À titre d’exemples :
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Les contrats de construction supposent souvent un appel d’offres conforme aux lois ;
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Les contrats de transfert de technologie peuvent nécessiter un enregistrement ou une approbation spécifique ;
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Les contrats de commerce extérieur doivent se conformer aux règles de douane, de fiscalité et de change.
Il est indispensable que l’entreprise étrangère vérifie la validité des documents produits (licences, enregistrements, certifications) et l’éligibilité de la société chinoise à opérer dans le domaine envisagé.
III. Points clés lors de la signature du contrat
1. Signature et sceau officiel (chop)
En Chine, le sceau officiel d’une entreprise (souvent appelé “chop”) revêt une importance juridique majeure. Un contrat portant le sceau officiel ou le sceau contractuel de la société chinoise est généralement réputé engager celle-ci. Si le document n’est assorti que d’une simple signature, sans sceau, ou que le sceau utilisé est erroné ou non enregistré, la valeur probante de l’accord peut être remise en cause. Pour prévenir tout litige, il est donc conseillé :
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D’exiger que le sceau officiel dûment enregistré de la société chinoise soit apposé ;
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De conserver une copie ou un scan du sceau afin de prouver son authenticité en cas de contestation.
2. Justificatifs d’autorisation
Lorsque la personne qui signe au nom de l’entreprise chinoise n’est pas son représentant légal (en chinois : 法定代表人), elle doit présenter une procuration ou une résolution du conseil d’administration attestant de son pouvoir de signature. À défaut, la société pourrait nier l’engagement ou la validité de la convention. De la même manière, la partie étrangère doit vérifier que son propre signataire dispose d’un mandat suffisant pour l’engager juridiquement.
3. Langue et traduction
Dans les accords transfrontaliers, on utilise souvent une version bilingue (chinois-anglais) ou multilingue du contrat. Il convient de préciser si les différentes versions linguistiques ont la même valeur ou si l’une d’elles prime en cas de divergence. Par ailleurs, si le texte n’est rédigé qu’en anglais (ou dans une autre langue étrangère), cela peut compliquer l’exécution en Chine. Il est donc recommandé :
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De recourir à une traduction en chinois professionnelle ;
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De veiller à la cohérence stricte entre les deux versions linguistiques pour éviter toute ambiguïté.
4. Clause de règlement des litiges
Le choix du mode de résolution des litiges est crucial. Les options habituelles incluent :
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La justice chinoise (les tribunaux locaux) ;
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La justice étrangère (dont l’exécution des jugements n’est toutefois pas toujours garantie en Chine, en l’absence d’accord bilatéral de reconnaissance) ;
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L’arbitrage en Chine continentale (par exemple via la Commission d’arbitrage économique et commercial international de Chine, CIETAC), à Hong Kong (HKIAC), à Singapour (SIAC) ou dans d’autres institutions reconnues.
Les tribunaux chinois ont l’habitude de reconnaître les sentences arbitrales nationales. Quant aux sentences arbitrales étrangères, elles sont souvent exécutées en vertu de la Convention de New York. L’arbitrage est de ce fait un choix populaire pour les acteurs internationaux. Pour rédiger les clauses arbitrales, il faut tenir compte de la juridiction compétente, du droit applicable, de l’enforçabilité potentielle et de l’efficacité de la procédure.
5. Choix de la loi applicable
Selon la législation chinoise, il est permis aux parties à un contrat d’envergure internationale de choisir la loi qui régira leur contrat. Cependant, lorsque l’exécution s’effectue principalement en Chine ou que le contrat présente des liens étroits avec le territoire chinois, certaines lois d’ordre public (contrôle des changes, réglementation douanière, restrictions à l’exportation de technologies, etc.) demeureront applicables, indépendamment du droit choisi par les parties. Il est important de trouver un équilibre entre la flexibilité du droit choisi et les exigences de conformité imposées par la législation chinoise.
IV. Diligences et suivi après la signature
1. Vérification et archivage
Une fois le contrat signé :
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Vérifiez soigneusement que toutes les copies sont identiques, sans pages manquantes ou annexes incomplètes ;
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Conservez l’original du contrat, avec les procurations, la correspondance, les preuves de paiement, les documents bancaires, etc.
Les entreprises en Chine archivent en général leurs contrats pour des besoins de contrôle financier, fiscal et juridique. Les sociétés étrangères ont intérêt à mettre en place une procédure similaire.
2. Amendements et avenants
En cours d’exécution, les circonstances du marché ou les besoins opérationnels peuvent conduire les parties à modifier certaines clauses. Les changements doivent alors être formalisés par un avenant écrit :
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Daté et signé (avec sceau) par les représentants autorisés ;
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Référençant précisément la version initiale du contrat et les articles modifiés ou ajoutés.
Des modifications verbales ou simplement validées par e-mail pourraient ne pas avoir d’effet juridique solide en Chine, à moins d’être ultérieurement confirmées par des preuves claires et un comportement sans équivoque des deux parties.
3. Respect des obligations légales pendant l’exécution
Pour les clients étrangers, certaines problématiques sont particulièrement sensibles :
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Les paiements et les règlements bancaires : des transferts transfrontaliers importants ou fréquents peuvent être soumis à des contrôles du SAFE (State Administration of Foreign Exchange) ;
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La fiscalité et la facturation : l’émission correcte des factures de TVA (fapiao) et le respect des obligations fiscales constituent une condition essentielle d’une exécution fluide en Chine.
Le non-respect de ces obligations pourrait entraîner des retards, des pénalités ou compliquer l’exercice de recours devant les tribunaux chinois.
4. Gestion des litiges
Même un contrat bien rédigé peut être à l’origine de différends. En pareil cas :
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Tentez d’abord un règlement à l’amiable par la négociation ;
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Si la situation se bloque, suivez la procédure de résolution des conflits prévue dans la clause (arbitrage ou contentieux).
Les acteurs étrangers manquant de familiarité avec le système judiciaire chinois gagneront à se faire assister par un avocat local ou un cabinet spécialisé en droit des affaires en Chine. Si vous faites face à un conflit transfrontalier ou avez des questions relatives au droit commercial chinois, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse info@ncbhub.com.
V. Principaux risques et stratégies de prévention
1. Risque lié à l’identité et la fiabilité de l’entreprise
Certaines entreprises chinoises peu scrupuleuses peuvent être des sociétés-écrans ou abuser de la licence d’une tierce partie. Avant de finaliser un contrat, il est vivement conseillé de :
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Effectuer une vérification approfondie via des plateformes comme Qichacha ou le registre national d’informations sur les sociétés ;
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Identifier d’éventuelles procédures judiciaires, litiges, impayés ou sanctions dont la société chinoise pourrait faire l’objet.
2. Mauvaise utilisation du sceau ou signatures non autorisées
Il est fréquent que des employés chinois négocient les contrats au nom de leur société. Si un employé n’a pas reçu de mandat formel, la validité de l’accord peut être mise en péril. L’entreprise peut par la suite prétendre que le sceau a été apposé sans autorisation ou que la signature est irrégulière. Pour réduire ce risque :
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Demandez une décision du conseil d’administration ou une lettre de mandat confirmant la capacité à signer ;
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Vérifiez que le sceau officiel utilisé est bien celui enregistré et conservez-en une preuve.
3. Paiements et livraisons
Précisez clairement les conditions de paiement (montant, devise, échéances, acomptes, solde final) et les modalités de livraison (contrôle qualité, inspection, acceptation).
Pour les transactions d’un montant important, envisagez des garanties de bonne exécution, des lettres de crédit, ou d’autres sûretés afin de limiter les risques liés à un défaut éventuel de la partie chinoise ou à une non-conformité des produits/services.
4. Contrôle des changes
La Chine applique un régime de contrôle des changes. Les transferts de devises sont supervisés par les banques et le SAFE. Si la transaction est d’un montant conséquent, vérifiez si le partenaire chinois :
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Peut recevoir des fonds étrangers sur son compte en devises ;
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Dispose des licences nécessaires à l’importation et l’exportation, et respecte la réglementation du change.
En cas de non-conformité, les opérations bancaires pourraient être bloquées ou retardées, voire faire l’objet de sanctions administratives.
VI. Pourquoi solliciter un conseil juridique professionnel
Les contrats transfrontaliers peuvent être confrontés à des barrières linguistiques, à des complexités juridiques et à des différences culturelles. L’assistance d’un cabinet spécialisé apporte plusieurs avantages :
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Rédaction et révision : s’assurer que la structure et les clauses du contrat respectent les exigences légales chinoises, en particulier les clauses essentielles (juridiction, loi applicable, limitation de responsabilité).
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Analyse des risques : identifier les risques potentiels et les prévenir grâce à des stratégies et des mesures adaptées.
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Vérification de l’entreprise : procéder à un audit (due diligence) pour contrôler l’authenticité de l’enregistrement, la situation financière et la solidité juridique de la partie chinoise.
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Stratégie de règlement des différends : fournir un accompagnement qualifié lors de négociations, de médiation, de procédure arbitrale ou judiciaire en Chine.
Que vous soyez un nouvel entrant sur le marché chinois ou que vous y exerciez déjà une activité, il est impératif de suivre de près les évolutions réglementaires et jurisprudentielles. Pour tout besoin d’accompagnement relatif aux contrats avec des entreprises chinoises, ou pour tout autre sujet de droit commercial lié à la Chine, contactez-nous à info@ncbhub.com. Nous proposons des solutions sur mesure et veillons à protéger vos intérêts dans le cadre d’opérations internationales.
VII. Conclusion
Nouer un partenariat avec une entreprise chinoise offre des opportunités de croissance considérables, mais comporte également certains défis juridiques et réglementaires. Depuis la vérification de la fiabilité du partenaire jusqu’à la gestion des sceaux, des mandats et des exigences impératives, les acteurs étrangers doivent envisager chaque étape de la formation du contrat avec prudence. Cela limite les risques de contentieux et facilite la réussite du projet.
Même un contrat soigneusement rédigé peut donner lieu à des désaccords. Il est donc crucial de documenter chaque étape, d’assurer un suivi post-signature sérieux et de recourir rapidement à des experts en cas de litige.
Les opérations commerciales transfrontalières exigent une solide compréhension du droit chinois, des usages commerciaux locaux et des différences culturelles. Si vous souhaitez un conseil plus approfondi concernant la validité ou l’exécution de contrats, ou tout autre problème juridique lié à la Chine, n’hésitez pas à nous contacter à info@ncbhub.com. Grâce à un accompagnement professionnel, vous pourrez vous concentrer sur le potentiel considérable du marché chinois, en toute sérénité quant à la protection de vos intérêts commerciaux et juridiques.